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le bonheur est dans le marché

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On sent le parfum des fraises qui jonchent les stands, les effluves des olives épicées de qualité premium. Ce matin, les ruelles du centre-ville de L’Isle Jourdain sont investies par le marché saturnal. A l’angle de la rue de la République, un clown gonfle des ballons pour les enfants, tandis que sur la place de l’hôtel de ville, le fleuriste conseille les jardiniers en herbe révélés par l’arrivée des beaux jours. Originaire du début XXe, le marché accueille près de 130 exposants, dont 40 producteurs locaux. « La culture fait aussi partie de ce rendez-vous hebdomadaire, avec les visites de La Maison Claude Augé, et Le Musée Du Campanaire », explique Régine Saint Livrade, déléguée au marché de plein vent de L’Isle Jourdain. Une élue originaire de la ville qui raconte avec tendresse : « Petite, j’accompagnais ma grand-mère, et nous vendions de la volaille et des oeufs sous la halle ». Aujourd’hui, si la foire aux bestiaux n’existe plus, les produits locaux sont toujours mis à l’honneur. Mais le marché promet aussi de l’évasion dans les assiettes : du primeur hollandais, aux spécialités orientales… le dépaysement est au menu. « Nous fabriquons des pâtisseries algériennes à base d’oeufs, de farine, et de miel du Gers. Il s’agit de recettes familiales traditionnelles réalisées avec des produits locaux », développe Pascale, présente sur le marché depuis deux ans. Une façon originale d’exporter et de revisiter les savoir-faire, que Marion, originaire de Bavière, nous fait découvrir à sa façon : « Je crée des bières artisanales à Brezolles, dans la plus stricte tradition bavaroise. Brassées à la ferme selon des méthodes traditionnelles, je les propose sur le marché depuis 18 ans », raconte-t-elle, avec le sourire qui la caractérise.  Elle fait partie des fidèles habitués qui investissent le coeur de ville de L’Isle Jourdain chaque samedi. C’est aussi le cas de Bernard, retraité, qui n’a pas perdu son sens du commerce, ni son amour pour le produit. Eau de vie de prune d’Ente, apéritif, liqueur, ou pruneaux à l’Armagnac … un stand à consommer avec modération qui sent bon le farniente des beaux jours.

Zoom sur JACQUES CASTELLI : viticulteur à Florence dans le Gers depuis 1985.

Initialement destiné à être dessinateur industriel, Jacques Castelli décide de reprendre l’entreprise familiale pour lui redonner vie. « J’ai revisité la structure de vinification, modernisé, et mis en terre des plans de meilleure qualité, pour redonner au “Domaine Des Capots” un nouveau souffle », développe le viticulteur. Voilà 15 ans que ce passionné a attrapé le « virus » des marchés, comme il le dit lui-même. « C’est un lieu de rencontre, qui permet de développer un lien social, de la fidélité avec la clientèle, et gagner en visibilité ». Propriétaire d’un domaine de 12 hectares, le producteur propose de la vente directe – notamment aux touristes en quête de découverte et d’authenticité-, mais c’est sur les marchés qu’il se réalise pleinement. « Ce monsieur véhicule sa passion du savoir-faire. Il vend un vin fait avec amour et compétence », adresse Dominique, habituée du marché. Depuis un an, le domaine a entamé une démarche de conversion bio. « Je souhaite apporter une vraie valeur ajoutée à mon produit. L’idée est de se tourner vers une gestion raisonnée dans les traitements, et de remplacer tous les pesticides par des auxiliaires comme la bouillie bordelaise, le sulfate de cuivre, ou le souffre », explique Jacques Castelli. Pour satisfaire toutes les demandes, le producteur propose une large gamme de vins des Côtes de Gascogne. Que ce soit pour la variété de ses cépages ou pour ses conseils avisés, le viticulteur séduit la jeune clientèle. « Ces derniers sont nombreux le week-end, et sont plus exigeants en ce qui concerne la qualité. C’est très appréciable de travailler avec eux », confie ce mordu des marchés et de la rencontre.

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Avec une notoriété qui dépasse les portes du Gers et s’étend au-delà du Sud-Ouest, le marché au gras de Samatan n’est autre que le plus gros marché au gras mondial. « Nous voyons circuler de 400 kilos de foie à une tonne pendant les fêtes », explique André Bacca, régisseur du marché au gras depuis 40 ans. Rénovées en 2010, les halles accueillent entre 100 et 120 producteurs l’hiver, et une quarantaine d’entre eux l’été.

Des habitués qui font le succès de ce « Palmipode », « qui ne propose que des produits de qualité certifiés, et qui subit des contrôles d’hygiène  constants », développe Didier Villate, vétérinaire et responsable sanitaire du marché. « Un bon canard doit être bien rond et rebondi, avoir la peau claire, et peser 5 kilos au minimum. Le foie quant à lui doit être souple », conseille Didier Villate. Ici, le canard est un sacerdoce, et tout est mis en place pour que le client soit conquis : découpe offerte par des bénévoles de la Comtesse Du Barry et des Ducs de Gascogne de Gimont, visites de grands chefs cuisiniers… En effet, les étoilés Hélène Darroze, Bernard Bach, Cyril Lignac, ou encore André Daguin- inventeur du magret grillé-, ont honoré de leur présence le fameux marché.

La foire au gras organise d’ailleurs « Le Festival De Cannes Des Canards », qui décerne, avec autant d’humour que de professionnalisme, la « Palme D’Or » du meilleur producteur. Une animation organisée dans le cadre du « Gascon’h à table », un événement dont la 12e édition aura lieu cette année. Trois jours de novembre qui brassent des milliers de visiteurs, venus profiter des multiples animations autour des arts de la table et des palmipèdes gras. Un temps fort qui précède celui des « Volailles Festives » ; trois week-ends avant les fêtes de fin d’années, durant lesquels les halles ouvrent leurs portes aux chapons, poulardes, dindes et pintades chaponnées. « Que ce soit par ses manifestations, ou ses simples rencontres hebdomadaires, ce marché est un lieu de rendez-vous incontournable », expliquent Florence et Didier Laporte, gaveurs de Baran, présents sur le marché depuis quatre ans.

 

Zoom sur JOËLLE TEILH, ARNAUD et GILLES CASAGRANDE, producteurs de “La Ferme du Casteilh”.

Venus tout droit des Hautes Pyrénées, les producteurs  de « La Ferme Du Casteilh », travaillent en famille. Joëlle gère les marchés et le contact avec la clientèle. « Au départ, je travaillais uniquement à l’abattage. Désormais, je suis plus en charge de l’aspect commercial ». Ce matin, elle est accompagnée de son fils Arnaud, âgé de 20 ans. Voilà cinq ans que ce dernier côtoie les halles, et se familiarise avec le métier. Gilles, le père, est éleveur depuis près de 35 ans. Malgré un avenir destiné à la maçonnerie, il s’est reconverti à l’agriculture, et tient d’une main ferme l’exploitation céréalière et la production de canards. Un savoir-faire qui leur a valu le premier prix du « Concours Foie Gras Et Canards » de Bagnères de Bigorre. Georgette Tainton, habituée des halles depuis 40 ans, vient de clore les négociations avec Joëlle, et raconte : « Je viens régulièrement acheter des foies et des carcasses de “ La Ferme Du Casteilh”. C’est un vrai moment de partage ; où nous échangeons nos recettes et nos astuces culinaires ».

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